L'affaire intervient quelques jours seulement après l'apparition d'un nouveau réglage Twitch consacré à l'entraînement des modèles d'IA générative d'Amazon.
Et le fonctionnement retenu par la plateforme a rapidement déclenché une forte réaction de la communauté : le partage est autorisé par défaut et c'est au créateur de demander à en sortir.
La documentation officielle de Twitch est désormais très claire.
La plateforme propose dans les paramètres de sécurité une option appelée Training for Generative AI. Lorsqu'elle est activée, le contenu d'une chaîne peut être utilisé pour améliorer de futurs modèles génératifs développés par Amazon.
Twitch donne notamment l'exemple de l'audio d'un streamer pouvant contribuer à améliorer un modèle de reconnaissance vocale et de transcription, susceptible ensuite d'être utilisé aussi bien sur Twitch qu'ailleurs chez Amazon.
Lors d'une émission officielle consacrée à ces changements, le Chief Product Officer de Twitch, Mike Minton, a été directement interrogé sur la décision de faire fonctionner le système par opt-out plutôt que par opt-in.
Une réponse particulièrement directe qui montre que Twitch s'attend parfaitement à ce qu'une proportion importante de sa communauté refuse volontairement l'utilisation de son contenu lorsqu'elle connaît l'existence du réglage.
Pandiscia affirme que les deux entreprises auraient exploité des contenus de créateurs pour alimenter et améliorer leurs produits d'intelligence artificielle sans obtenir les autorisations qu'il estime nécessaires et sans rémunérer les personnes concernées.
Il accuse notamment les entreprises de rupture de contrat, d'enrichissement injustifié et de pratiques commerciales déloyales.
Plusieurs articles parlent déjà de « class action », mais la formulation mérite d'être précise.
Warren Pandiscia a déposé une proposition de recours collectif. Il souhaite représenter beaucoup plus largement les créateurs Twitch qui se trouveraient dans une situation comparable.
Le tribunal devra cependant encore décider si les conditions juridiques permettant de certifier officiellement cette classe sont réunies.
À ce stade, aucune décision n'a donc établi que Twitch ou Amazon avaient commis une faute.
Selon la plainte, Amazon aurait commencé à exploiter des données issues de Twitch pour certains usages liés à l'intelligence artificielle dès 2024.
Cette chronologie est particulièrement importante pour le plaignant, puisqu'elle signifierait que certains contenus auraient été utilisés avant que le nouveau bouton d'opt-out ne soit proposé aux créateurs.
Cela ne signifie toutefois pas que toutes les utilisations de l'intelligence artificielle disparaissent.
Twitch pourra continuer à utiliser certaines technologies d'IA ou de machine learning pour des services comme AutoMod, les recommandations, certaines fonctions de monétisation ou encore le sous-titrage.
Autre détail important : lorsqu'un spectateur écrit dans le chat d'une autre chaîne, c'est le choix du streamer de cette chaîne qui détermine si ce message peut entrer dans les données d'entraînement.
C'est l'un des principaux arguments avancés par Pandiscia.
Même lorsqu'un streamer désactive désormais le réglage, cela empêche avant tout les futurs entraînements. Le créateur estime qu'il n'existe aucun moyen simple de retirer d'un modèle les informations qui auraient éventuellement déjà participé à son entraînement.
La procédure réclame ainsi notamment des dommages et intérêts, une restitution de certains profits et des mesures destinées à empêcher la poursuite des pratiques contestées.
Cette affaire arrive à un moment où les entreprises spécialisées dans l'IA cherchent toujours davantage de textes, images, voix et vidéos afin d'améliorer leurs modèles.
Twitch constitue à ce titre une source de données particulièrement riche : des millions de créateurs y produisent continuellement de la vidéo, de l'audio, du texte et des interactions en direct.
Mais la procédure judiciaire ne déterminera pas seulement si cette ressource a de la valeur. Elle pourrait surtout poser une question beaucoup plus importante : jusqu'où une plateforme peut-elle utiliser les contenus de ses utilisateurs pour développer de nouveaux produits commerciaux sans obtenir leur accord explicite ?
Pour l'instant, il ne s'agit encore que des accusations formulées par le plaignant. Twitch et Amazon auront la possibilité de répondre, et la procédure ne fait que commencer.